LA PRESENCE FRANCAISE   


La colonie de la Caroline: site de la première confrontation entre la France et l’Espagne pour la suprématie dans la région.

         Le Nouveau Monde promettait des trésors bien au-delà de toute imagination. Tout en cherchant ces trésors, les conquistadores espagnols fondèrent environ deux cents établissements dans la région tropicale de l’Amérique du Nord. Cependant, en 1561 le roi d’Espagne, Philippe II, abandonna toute nouvelle tentative de coloniser la Floride.
         Dans l’intervalle, la France refusait d’accepter la domination du Nouveau Monde par l’Espagne. Mais la France se trouvait face à de nombreux problèmes. Les guerres européennes et religieuses avaient laissé le pays faible et divisé. Gaspard de Coligny, amiral de France, formula un plan pour renforcer et unifier son pays, et en même temps, porter un défi à l’Espagne en Amérique. Situé en Floride, un fort dont la garnison se composerait de Hugenots, servirait de base, d’où les Français transporteraient les trésors ravis aux Indiens le long du Gulf Stream près des côtes de la Floride. En 1562, Jean Ribault avait fait un voyage d’exploration qui avait conduit à l’établissement de la colonie de Charlesfort sur de détroit de Port Royal, South Carolina, dont l’existence fut de courte durée.
         Après un échec en 1562, une seconde expédition quitta la France pour se diriger vers l’Amérique. L’expédition se composait de trois vaisseaux et d’environ 300 personnes, dont 110 matelots, 120 soldats, et le reste artisans et domestiques. Il y avait aussi quelques femmes. Leur commandant, René de Laudonnière, était un marin fort habile qui avait été du voyage de 1562 avec Jean Ribault.
         L’expédition mouilla l’ancre en Floride le 25 juin 1564 dans la Rivière de Mai, appelée aujourd’hui Rivière St. Johns. La colonie fut établie sur la rive du fleuve à environ 8 km de l’embouchure. Les Indiens aidèrent les Français à bâtir un fort triangulaire de terre, de bois, et de mottes de gazon. A l’intérieur du fort se trouvaient des huttes dont les toits étaient couverts de feuilles de palme. On construisit d’autres bâtiments dans les prés attenant au fort. L’établissement fut nommé la Caroline en honneur du roi de France, Charles IX.
         Les six premiers mois furent une période de découverte, d’enthousiasme, de frustrations, de découragement, de mal du pays, de désespoir et de mutineries. Les Français, comme les Espagnols avant eux, avaient découvert à retardement que la Floride ne contenait aucune richesse. Pendant l’hiver et le printemps 1564-1565 les Indiens timucuans se réfugièrent dans la forêt selon leur coutume et y chassèrent jusqu’à ce que leurs champs de blé soient mûrs. Privés le l’aide des Indiens, les Français faillirent mourir de faim. Les colons décidèrent de réparer un des navires et de retourner en France. La visite de l’Anglais John Hawkins et de sa petite flotte vers la fin de juillet accrût le désir des Français de rentrer chez eux.
         Par bonheur, une flotte de secours, venue de France, approchait. Jean Ribault arrivait de France avec des renforts. Ribault atteignit le Fort Caroline le 28 août 1565, au moment même où les colons s’apprêtaient à faire voile vers la France. Les entrepôts furent de nouveau remplis de provisions et l’on ne parla plus de quitter la colonie.
         Le jour même, Pedro Menendez de Aviles, premier amiral d’Espagne, porteur d’ordres de chasser les Français de la région, se trouvait non loin de la côte á la recherche de l’établissement français. Quelques jours plus tard, il découvrit les vaisseaux français ancrés à l’embouchure de la Riviére de Mai. Lorsqu’il tenta d’aborder, les Français coupèrent les cables et s’échappèrent. Menendez suivit la côte plusieurs lieues au sud et le 8 septembre, il établit une colonie à St. Augustine. Contre les conseils de ses capitaines et de Laudonnière, Ribault prit la décision fatale d’attaquer les Espagnols. Malheureusement un ouragan s’abattit sur la flotte et la poussa vers le Sud bien au-delà de St. Augustine où les vaisseaux firent naufrage. Se rendant compte de ce qui ètait arrivé à la flotte française, Menendez rassembla 500 hommes et, guidé par des Indiens et un prisonnier français, il se dirigea vers le Fort Caroline. Le 20 septembre, à cause du mauvais temps, le commandant français avait renvoyé les sentinelles à leur logis. A l’aube les Espagnols attaquèrent la colonie sans défense. En moins d’une heure le combat fut terminé. Les Espagnols tuèrent environ 140 des habitants et enlevèrent une cinquantaine de femmes et d’enfants. Laudonnière et quelques autres réussirent à s’échapper. Après y avoir laissé une garnison espagnole de 100 hommes, Menendez retourna à sa colonie nouvellement installée.
         Au Sud, 500 Français naufragés n’échappèrent à une mer enragée et aux flèches des Indiens que pour affronter les soldats espagnols. Impuissants et affamés, environ 300 se rendirent. Menendez en massacra plus de 250 à un endroit qui porte toujours le nom de Matanzas (massacres). Un grand nombre de ceux qui ne se rendirent pas furent fait prisonniers plus tard et furent envoyés en captivité à la Havane. La destruction de la colonie fut cause d’une vague de fureur en France. Mais comme les familles royales de France et d’Espagne avaient toutes deux intérêt à maintenir des relations amicales on laissa la revanche à d’autres.
         Dominique de Gourgues, un Français âgé de 40 ans, était membre d’une famille catholique. Il avait été galérien dans la flotte espagnole, une épreuve qui lui avait inspiré une haine contre l’Espagne. En août 1568, il partit de Bordeaux avec 180 hommes embarqués sur trois vaisseaux, bien décidé à venger ses compatriotes. Ayant debarqué au nord de la Rivière de Mai (la St. Johns) il engagea des alliés indiens et les troupes s’avancèrent et s’emparèrent de deux cassines espagnoles à l’embouchure de la rivière. Puis il dirigea son attention sur le fort principal. Les troupes de la garnison s’enfuirent vers le sud, en direction de St. Augustine. Les Espagnols furent rapidement vaincus par les Indiens qui les attendaient. Il ne resta qu’un bien petit nombre de survivants espagnols et le Fort San Mateo fut incendié. Ce fut ainsi que l’outrage fait à la France fut effacé par le sang le 27 avril 1568.
         Depuis 1953, le Monument National de la Caroline commémore la présence française dans le Nord-est de la Floride. L’administration en est celle du Service National des Parcs des Etats-Unis.
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